La fiscalité LMNP repose sur un choix central entre deux régimes : micro-BIC ou réel. Le premier séduit par sa simplicité, le second permet de déduire les charges réelles et d'amortir le bien. La loi Le Meur du 19 novembre 2024 et la loi de finances qui a suivi ont changé la donne : abattements micro-BIC réévalués pour les meublés de tourisme, réintégration des amortissements dans la plus-value à la revente depuis le 15 février 2025. Ce comparateur chiffré intègre ces évolutions et compare les deux régimes sur trois profils de loueurs pour 2026.
LMNP et fiscalité : deux régimes, deux logiques
Le loueur meublé non professionnel déclare ses loyers dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux (BIC), et non en revenus fonciers. Cette spécificité du statut de loueur meublé non professionnel ouvre l'accès à deux régimes d'imposition bien distincts. La fiche officielle de service-public.fr sur la fiscalité de la location meublée confirme ce classement en BIC et détaille les seuils de recettes ouvrant droit à chaque régime.
Le micro-BIC applique un abattement forfaitaire sur les recettes brutes, sans justifier une seule dépense. Le régime réel, à l'inverse, permet de déduire toutes les charges réelles supportées (intérêts d'emprunt, charges de copropriété, assurances, frais de gestion locative) et d'amortir le bien sur 25 à 30 ans, le mobilier sur 5 à 7 ans.
Le choix n'est pas figé : un passage au régime réel reste possible chaque année, sur option formulée avant le 1er février auprès du service des impôts des entreprises. L'option vaut deux ans, renouvelable par tacite reconduction, puis dénonçable dans les mêmes délais. Comparer le rendement locatif prévisionnel avec le simulateur de rendement locatif aide à situer l'ordre de grandeur des loyers concernés avant d'arbitrer.

Comparateur chiffré : micro-BIC vs régime réel
Le choix entre micro-BIC et réel dépend surtout du montant des charges réelles et de l'amortissement mobilisable face à l'abattement forfaitaire. Trois profils illustrent les écarts.
| Profil | Micro-BIC (recettes - abattement) | Réel (charges + amortissement) | Régime le plus avantageux |
|---|---|---|---|
| Studio meublé, 9 000 € de loyers annuels, peu de charges | 4 500 € imposables (abattement 50 %) | Environ 2 800 € imposables une fois charges et amortissement déduits | Réel, mais l'écart reste modeste |
| T2 meublé standard, 14 000 € de loyers, crédit en cours | 7 000 € imposables (abattement 50 %) | Base imposable proche de 0 € les premières années (intérêts + amortissement) | Réel nettement favorable |
| Bien haut rendement, 28 000 € de loyers, faibles charges déductibles | 14 000 € imposables (abattement 50 %) | Amortissement plafonné par le résultat, base proche de l'abattement micro-BIC | Les deux régimes se valent, à confirmer avec un comptable |
Ces ordres de grandeur, détaillés profil par profil dans un comparatif de calculs par profil, confirment une règle simple : plus le crédit est récent et les charges élevées, plus le réel prend l'avantage sur le micro-BIC.
Micro-BIC : les abattements après la loi Le Meur
Le régime micro-BIC reste accessible sous deux plafonds de recettes distincts selon la nature du bien loué. Pour un meublé classique ou un meublé de tourisme classé, l'abattement s'élève à 50 % dans la limite de 83 600 € de recettes annuelles pour 2026, un plafond réévalué par palier triennal (il s'établissait à 77 700 € pour les revenus 2025). Pour un meublé de tourisme non classé, la loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024 visant à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l'échelle locale, dite loi Le Meur, a resserré les règles : l'abattement tombe à 30 %, plafonné à 15 000 € de recettes, contre 50 % et le plafond du meublé classique auparavant.
Ce durcissement vise spécifiquement les locations de courte durée non classées, jugées trop avantagées face au marché locatif classique. Un meublé de tourisme classé conserve en revanche l'abattement à 50 %, ce qui pousse de nombreux loueurs à engager la démarche de classement auprès d'un organisme agréé pour préserver leur fiscalité.

Régime réel : déduire les charges et amortir le bien
Au réel, la base imposable se calcule en déduisant des loyers perçus l'ensemble des charges réelles (intérêts d'emprunt, taxe foncière, charges de copropriété, assurances, frais de comptabilité) puis l'amortissement du bien et du mobilier. Ce mécanisme de déduction des charges, distinct de l'abattement forfaitaire du micro-BIC, est encadré par l'article 102 ter du Code général des impôts, consultable sur Légifrance. L'amortissement ne crée jamais de déficit imposable : il réduit uniquement le résultat jusqu'à zéro, l'excédent non utilisé se reportant sans limite de durée sur les années suivantes.
Ce mécanisme explique pourquoi une base imposable nulle ou proche de zéro reste fréquente au réel durant les premières années de détention, en particulier lorsque le crédit immobilier génère des intérêts élevés. Le recours à un expert-comptable, souvent proposé sous forme de forfait pour les loueurs meublés, sécurise le calcul et la liasse fiscale (formulaire 2031).
Amortissements et plus-value : la réforme du 15 février 2025
Depuis le 15 février 2025, les amortissements pratiqués au régime réel sont réintégrés dans le calcul de la plus-value lors de la revente du bien. Concrètement, la plus-value imposable ne se calcule plus seulement sur l'écart entre prix de vente et prix d'achat : elle intègre désormais les amortissements déduits pendant la période de location, ce qui augmente mécaniquement la base taxable par rapport aux règles antérieures à 2025.
Cette réintégration ne supprime toutefois pas les abattements pour durée de détention, qui continuent de s'appliquer normalement sur la plus-value ainsi recalculée. L'exonération totale d'impôt sur le revenu reste acquise après 22 ans de détention, et l'exonération totale des prélèvements sociaux après 30 ans. Un bien détenu longtemps reste donc protégé par ces abattements progressifs, même si les amortissements ont réduit la fiscalité courante pendant toute la période de location. La réforme pèse surtout sur les reventes intervenant dans les dix à quinze premières années de détention, période où les abattements pour durée de détention restent faibles.
Quand opter pour le régime réel ?
Le réel devient pertinent dès que les charges réelles et l'amortissement dépassent l'abattement forfaitaire du micro-BIC, ce qui arrive fréquemment en présence d'un crédit immobilier actif ou de travaux récents. À l'inverse, un bien acheté comptant, sans charges significatives, garde souvent intérêt à rester au micro-BIC pour sa simplicité déclarative.
Trois critères orientent la décision : le niveau d'endettement (plus les intérêts sont élevés, plus le réel est favorable), l'horizon de revente (la réintégration des amortissements pèse sur les reventes rapides) et le temps disponible pour la gestion comptable, le réel imposant une liasse fiscale annuelle. Pour un premier investissement, comparer les deux régimes sur son propre profil de recettes avant de déposer l'option évite un choix figé pour deux ans.
Le rendement locatif prévisionnel du bien conditionne aussi l'arbitrage : un projet à fort rendement géré sans stratégie de long terme peut perdre l'intérêt du réel si la revente est planifiée tôt, un point détaillé dans une simulation de rendement sur plusieurs scénarios d'achat locatif. Sur un horizon de détention long, où l'amortissement s'étale sur des années sans jamais menacer l'exonération de plus-value à 22 et 30 ans, un placement en résidence gérée illustre bien cet intérêt du réel sur la durée, comme le montre notre comparatif chiffré sur l'investissement en résidence senior.
Déclarer son option : formulaires et démarches
Le statut LMNP encadre des obligations déclaratives précises selon le régime choisi : formulaire 2042-C-PRO au micro-BIC, liasse 2031 complète au réel. Revoir les conditions et obligations du loueur meublé avant de basculer de régime évite les erreurs de déclaration lors de la première année d'option.
Le régime réel garde l'avantage sur la durée pour la majorité des loueurs endettés, mais l'horizon de revente doit désormais entrer dans l'arbitrage au même titre que le niveau des charges.
Pour aller plus loin
- Fiche officielle service-public.fr : fiscalité de la location meublée (LMNP), seuils et régimes d'imposition détaillés.
- Texte intégral de la loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024 (loi Le Meur) sur Légifrance, référence des nouveaux abattements meublés de tourisme.
- Code général des impôts sur Légifrance, base légale du régime micro-BIC et du régime réel des BIC.


